30/03/2007

L'éruption explosive la plus longue des temps modernes; volcan Soufriere Hills sur l'île de Montserrat; 3ème partie

L’éruption d’un volcan gris (type explosif) la plus longue de l’histoire des temps modernes (près de 12 ans); Soufriere Hills sur l’île de Montserrat (archipel des Petites Antilles; Caraïbes).

3ème partie : de 2000 à fin 2001.

(d'après le descriptif, en anglais, de l'activité éruptive publié par le M.V.O.)

 

Petit lexique

* Coulée pyroclastique (ou nuée ardente): mélange de gaz et d'éléments solides en suspension (blocs, cendres), à haute température (jusqu'à 700-800°c), se propageant à grande vitesse (100 à 300 km/h). Les coulées pyroclastiques sont typiques de l'activité des volcans "gris" (à lave siliceuse pâteuse riche en gaz/eau = volcans explosifs) bordant pour la plupart les plaques de la croûte terrestre (zones de subduction) comme sur la fameuse Ceinture de Feu entourant l'Océan Pacifique.

* Tremor (ou vibration volcanique): un trémor est un séisme volcanique engendré par la remontée du magma lors d'une éruption volcanique. Les vibrations sont provoquées par les chocs du magma, des bulles de gaz volcanique et des blocs solides contre les parois de la cheminée volcanique. La secousse, imperceptible pour les hommes, est généralement continue. Sa fréquence (nombre d'oscillations par seconde) varie entre un et cinq hertz (1 Hz = 1 oscillation par seconde). Les trémors spasmodiques ont une fréquence supérieure aux trémors harmoniques

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Carte topographique de la partie méridionale de Montserrat où s'élève, au SE, le volcan Soufrière Hills.

Rappelons qu’un nouveau dôme de lave a été observé le 27 novembre 1999 (voir précédent "post"). Le 2 février 2000, la première coulée pyroclastique substantielle issue du nouveau dôme de lave s’engouffre dans la vallée de la rivière Tar (entaillant le secteur ENE de la partie sud de l’île) et atteint le delta préalablement édifié en mer par les précédents flots pyroclastiques. D’autres flux pyroclastiques dévalent le flanc est du volcan à partir du 6 février alors que l’activité d’avalanches de blocs, associée à une sismicité élevée, perdure. Jusqu’au 20 mars, le dôme continue de croître jusqu’à ce que ses flancs débordent du cratère principal vers l’est.

Le 20 mars 2000 se produit le premier effondrement majeur du dôme édifié depuis fin 1999 jusqu’alors. Les avalanches parcourent la vallée de la rivière Tar et sont suivies par des petites explosions vulcaniennes. Une période d’intenses coulées de boue (lahars), probablement déclenchées par de fortes pluies, accompagne également cette activité.

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Le dôme de lave vu le 24 mars 2000. Photo © M.V.O.

Du 21 mars à début mai, la reprise de croissance du dôme est marquée par des séismes hybrides et LP, un "tremor spasmodique" et d'une activité d’avalanches rocheuses. Le 6 mai, un petit effondrement du dôme génère des coulées pyroclastiques qui dévalent le lit de la rivière Tar jusqu’à la mer. Durant mai et juin, le dôme continue de grandir remplissant la cicatrice laissée par le petit effondrement du 6 mai. Le 20 juin, de petites coulées pyroclastiques descendent la partie supérieure de la vallée "Gages" ("Gages Valley"). Au début d'août, l'augmentation du nombre de séismes LP est liée à l'accroissement de l’intensité des avalanches rocheuses, ce qui produit des chutes de cendre au NO de l’île.

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Le NE du dôme et les pics vus le 5 septembre 2000. Photo © MVO.

D'août à novembre, la croissance continue du dôme est corrélée à la présence occasionnelle d'essaims sismiques et à de petites coulées pyroclastiques. L'altitude du dôme excède le précédent record et atteint 1077 m. le 13 novembre 2000.

Le 15 novembre, de petites coulées pyroclastiques sont observées dans la haut du "Goulet des Pneus" ("Tyre’s Ghaut") au NO du volcan alors que d’autres empruntent les Goulets de Tuitt et de White le 17 novembre. Le 7 décembre 2000, le volume total du dôme est estimé à 122 millions de m3, dont 64 millions de m3 appartiennent au nouveau dôme édifié en 2000. Les calculs fournissent un taux d’extrusion moyen de lave équivalent à 3 m3 par seconde.

De décembre au 23 février 2001, le dôme continue d'enfler. Les 23 et 24 février, un nouveau lobe s’est extrudé sur le flanc NE du dôme. Ce mécanisme a été accompagné par une activité de coulées pyroclastiques et d’avalanches rocheuses vers le Goulet de Tuitt. Le 25 février 2001, un petit effondrement se produit au sud vers la rivière Blanche et donne lieu à de petites coulées pyroclastiques. Le volume d’effondrement a été estimé par le M.V.O. à moins de 1 million de m3.

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Flanc nord & dôme. Photo © M.V.O.

Du 26 février au 2 mars 2001, le "tremor spasmodique" apparaît et est suivi par une extrusion accrue de lave sombre en blocs vers le sud qui colmate l’entaille laissée par l’effondrement du 25 février. Jusqu’au 18 mai, l’activité sismique est très faible suggérant un arrêt de la croissance du dôme. Quelques épisodes d’éjection de cendre sont néanmoins observés. Le 18 mai, le M.V.O. enregistre une augmentation soudaine des avalanches rocheuses et du nombre de signaux LP (Longue Période).

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Vue du dôme le 15 mai. Photo © M.V.O.
 

Ces phénomènes accompagnent la reprise de croissance au lobe lavique situé sur la bordure sud du dôme. Jusqu’en juillet ont lieu des épisodes de petites coulées pyroclastiques. Cette phase d’épisodes pyroclastiques culmine à la fin de juillet par la production de nombreuses petites coulées pyroclastiques qui dévalent la vallée de la rivière Tar. A la fin juillet, le dôme a atteint un volume de 162 millions de m3, ce qui est, à cette date, le volume de matériel accumulé le plus important depuis le début de l’éruption à la mi-juillet 1995.

Le 29 juillet 2001, un effondrement majeur du flanc est du dôme survient le lendemain de pluies torrentielles et de coulées de boue dans la rivière Belham. L’évènement débute à 17h00 et dure 8-9 heures, produisant quasi en continu des coulées pyroclastiques qui dévalent jusqu’à la mer dans la vallée de la rivière Tar. De larges zones aux alentours du village de Long Ground ont été affectées par les déferlantes pyroclastiques. Des vents violents de direction SE emportèrent la cendre aussi loin que Porto Rico et que les îles Vierges. Environ 45 millions de m3 du dôme ont été soustraits de la zone sommitale qui s’est affaissée durant cette courte période de 150 mètres.

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Le sommet du dôme vu en août 2001. Photo © M.V.O.

Le 3 août, on observe le dôme croître dans la cicatrice laissée par l’effondrement du 29 juillet. Jusqu’en septembre, l’activité sismique est caractérisée par un "tremor spasmodique" irrégulier mais assez intense. Dès la troisième semaine d’août, le nouveau dôme commence à produire des avalanches de roches et de petites coulées pyroclastiques. Des phases de "tremor spasmodique" sont associées à des essaims de secousses hybrides et de vigoureuses éjections de cendre. Le 12 septembre 2001, une période de 36 heures de tremor continu débute et est associée à une intense activité d’avalanches rocheuses. Le 21 septembre, le dôme actif excède 12 millions de m3, témoignant d’un taux moyen d’extrusion de 2,6 m3 par jour depuis l’effondrement du 29 juillet dernier. Les 4 et 5 octobre, des petits effondrements ont lieu sur le bord nord du dôme de lave et produisent une activité d’effusion pyroclastique qui dure plusieurs heures pendant laquelle au moins 4 flots de fragments volcaniques atteignent la mer à l’embouchure de la rivière Tar constituée désormais d’un delta de débris et matériaux fins. A partir du 14 octobre 2001 des effondrements de plusieurs millions de m3 de talus de matériaux meubles se produisent à partir du flanc SE du dôme édifié avant le 29 juillet en produisant de nombreuses coulées pyroclastiques vers les vallées de la rivière Tar et de la rivière Blanche. Le 9 novembre 2001, le dôme actif est à nouveau visible. Il continue a grandir sur son bord est produisant de petites coulées pyroclastiques et des avalanches rocheuses. Le sommet culmine à seulement 876 m. d’altitude à cette époque. A la mi novembre, la région sommitale est couronnée par une série d’aiguilles rocheuses verticales qui ont atteint une altitude maximum de 970 m.. A cette période, la croissance sur le flanc est du dôme stagne et une phase d’extrusion lavique apparaît à l’ouest. Jusqu’au 28 décembre 2001, on observe de petites coulées pyroclastiques et des avalanches de roches qui augmentent en intensité vers la fin du mois. Le 28 décembre, un petit effondrement, impliquant plusieurs millions de m3 de matériaux, se produit sur le flanc NE du dôme, ce qui génère des coulées pyroclastiques qui durent 1,5 heures et atteignent la mer via la vallée de la rivière Tar. Un panache lourdement chargé en cendres est éjecté vers l’ouest. Le dépôt de cendre a plus de 1 cm d'épaisseur dans la région de Plymouth.

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A suivre ....

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Montserrat dans le contexte du modèle de la tectonique des plaques.
 

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17:31 Écrit par Alain M./Alino dans Volcans | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : montserrat, volcan gris, coulees pyroclastiques, cendre, dome, lahar |  Facebook |