20/06/2007

 Nouvel épisode effusif au Kilauea (Hawai, USA)

Kilauea (Big Island of Hawai, USA)

  Des photos de la nouvelle zone éruptive & du cratère du Pu'u O'o ont été mises en ligne par le H.V.O.

A noter que la morphologie du fond du cratère du Pu'u O'o a été bouleversée suite à cette nouvelle crise éruptive. Le plancher du cratère du Pu'u O'o et des parties du flanc ouest du Pu'u O'o se sont effondrés de plus de 20 mètres. Par ailleurs, les scientifiques du H.V.O. ont mesuré des concentrations de SO2 extrêmement élevées au sommet du volcan dans une large zone proche du cratère Halema`uma`u (cratère puits central perçant la caldera sommitale du Kilauea). Les concentrations de ce gaz sont plus de 10 plus élevées que celles du seuil menant à la fermeture des centres de visiteurs du Parc (voir la page des mesures de la qualité de l'air dans le Parc). Lire les effets sur les populations des hautes concentrations de ce gaz (> 10-15 ppm) dans les zones volcaniques.

Suite à la récente activité sismique inhabituelle dans la zone sommitale du volcan Kilauea (lire ci-dessous), le magma a finalement surgi dans la partie supérieure du rift oriental de ce volcan bouclier. Tôt dans la matinée du 19 juin,  les scientifiques de l’USGS (H.V.O.) ont confirmé la présence d'une petite émission de lave issue d’une fissure, longue de 250 mètres, située dans la forêt au NE de Kane Nui o Hamo, environ 6 km à l’ouest du cône Pu’u O’o et 13 km du sommet au SE du sommet du Kilauea. C'est l'épisode 56 de l'éruption en cours depuis 1983. Les scientifiques ont déclaré que l'éruption pourrait être associée à une migration brutale des épicentres sismiques dans cette zone entre 15h45 et 17h00. Les experts pensent que le magma, qui coule habituellement vers la zone du Pu’u O’o et de là vers la mer, de l’éruption en cours depuis 1983, a été bloqué ou détourné depuis dimanche matin et est à présent en train de se déverser dans la partie supérieure du rift est du volcan. A signaler qu'aucune incandescence n'a été détectée dans le cratère du Pu'u O'o durant la nuit dernière et qu'aucune coulée active n'est visible en surface sur le champ lavique.Les niveaux de "tremor" sismique (séismes d'origine volcanique), indicateurs du mouvement souterrain du magma, a également diminué pendant la nuit dernière. Les données des récepteurs GPS, disposés à proximité du cratère Makaopuhi et de Kane Nui o Hamo, continuent à indiquer une phase d'extension au travers de la zone du rift ; les données préliminaires indiquent un élargissement total de près de 95 cm.

 Kane Nui o Hamo est un évent bouclier préhistorique égueulé vers la partie basse du rift oriental et situé à l'est du cône Pu'u Huluhulu. Son flanc SO s'est effondré il y a 500 ans pour former le cratère puits Makaopuhi.

napau_map
1989-Hamo-FT_ismall
 
mapmain_large_ERZ
 
Chronologie de l'éruption actuelle du Kilauea
 
1983 : l'éruption actuelle du Kilauea a débuté le 3 janvier, 1983, avec une série de fissures longues de plusieurs km à l'est de la caldeira du Kilauea sur ce qu’on appelle la zone du rift (zone d’extension) oriental. L'éruption a commencé par édifier le cône de scories du Pu'u 'O'o.

1986 : l'éruption a migré vers les basses pentes du sommet du Kilauea. Pendant plus de cinq années, la lave s'est déversée du Kupaianaha, cône bouclier secondaire. Pendant cette période, la lave a enseveli les communautés de Kalapana et les jardins royaux de Kapa'ahu en 1990.

1991-92 : au début de novembre 1991, des fissures se sont ouvertes entre le Kupaianaha et le Pu'u 'O'o et, en quelques mois, le Kupaianaha a cessé son activité. L'activité s'est déplacée de nouveau vers le Pu'u 'O'o au début de 1992. Depuis lors, pendant la plupart du temps, la lave a coulé de ce cône ou de bouches secondaires adjacentes.

1997 : en janvier 1997, la production de lave au Pu'u 'O'o a chuté, ce qui a entraîné l’effondrement du plancher du cratère et d’une partie de la paroi du cône ("Western Gap"). Dans le même temps, des fissures se sont ouvertes et de la lave a jailli, plus haut, à proximité du cratère Napau. Mais cette activité a duré seulement environ un jour.  Durant trois semaines, il n’y a pas eu de lave fraîche sur les flancs du Kilauea. Ensuite, le Pu'u 'O'o a repris son activité.

1999 : un essaim des tremblements de terre et une large déflation étaient censés accompagner un mouvement de magma dans la zone supérieure du rift oriental – processus semblable à ce qui s'est récemment produit. Le détournement du magma dans des fractures souterraines est, pense-t-on, responsable d'un arrêt de l'éruption pendant 11 jours. Ensuite, l'écoulement de lave à partir du Pu'u 'O'o a recommencé et l'éruption a repris une nouvelle fois.

2007 : l'activité actuelle semble à nouveau suggérer l’existence d’un blocage dans l’écoulement du magma alimentant le Pu'u 'O'o. Le magma a surgi dimanche et, lundi, a été comprimé  dans des fractures, profondes de un à trois km, entre les cratères Pauahi et Makaopuhi. Hier, 22 juin, en fin d’après-midi, aucune lave n'avait atteint la surface près de cet emplacement.

logo_HVO

 

lave_be_sm

08:46 Écrit par Alain M./Alino dans Volcans | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kilauea, hawai, coulee de lave, deflation, extension, rift, tremor |  Facebook |

02/04/2007

L'éruption explosive la plus longue des temps modernes; volcan Soufriere Hills sur l'île de Montserrat; 4ème partie

L’éruption d’un volcan gris (type explosif) la plus longue de l’histoire des temps modernes (près de 12 ans); Soufriere Hills sur l’île de Montserrat (archipel des Petites Antilles; Caraïbes).

4ème partie : de 2001 à fin 2003.

(d'après le descriptif, en anglais, de l'activité éruptive publié par le M.V.O.)

 

NB: séismes hybrides : sur certains volcans, on observe des séismes partageant les caractéristiques des VT (type A) et des LP (type B). Leur début est impulsif et haute fréquence, mais leurs signaux deviennent ensuite basse fréquence. Ils sont probablement générés par la rupture de magma presque solide (très visqueux) dans la colonne magmatique. Les essaims de séismes sont des concentrations spatiales de secousses. 

Pour en savoir plus sur les séismes d'origine volcanique, cliquez sur le logo ci-dessous !

logo_EV

valleys_sm

Pour rappel, voici la carte topographique de la partie sud de l'île de Montserrat où sont visibles les principales vallées qu'empruntent les coulées pyroclastiques et avalanches rocheuses issues du démantèlement du dôme de Soufriere Hills.

Durant les premières semaines de janvier 2002, l’activité est généralement forte. Le sommet du dôme apparaît comme un amas de blocs et est spectaculairement incandescent durant la nuit. Le 12 janvier 2002, une puissante coulée pyroclastique a atteint la mer via la vallée, s’ouvrant en éventail, de la rivière Tar. Cet évènement a débuté par un signal sismique dit "Longue Période" (LP) et a été associé à une colonne éruptive qui a rapidement atteint une hauteur de 2500 mètres. En atteignant la mer, une seconde colonne verticale de vapeur s’est élevée verticalement à quelques centaines de mètres. Fin janvier, le dôme était couronné d’une large aiguille rocheuse haute de 40-50 m. Au début de février, durant 3 journées consécutives, des coulées pyroclastiques ont atteint les parties basses de la vallée de la rivière Tar. A la fin du mois, l’activité des séismes LP et des avalanches rocheuses augmente. Durant la nuit du 25 au 26 février, une large aiguille, haute de 90 mètres, se met en place. Pendant cette période d’extrusion régulière d’aiguilles de lave, l’altitude globale de la région sommitale est de 990 mètres et de 1080 mètres au sommet de l’aiguille, altitude la plus élevée  mesurée au dôme depuis le début de la crise éruptive. Le volume estimé du dôme actif à ce moment est de 38 millions de m3. A partir du 8 mars 2002, après une semaine de calme relatif, les avalanches de roches et l’activité sismique s’intensifient soudainement et restent à ce niveau élevé jusqu’à la fin du mois. Durant la deuxième semaine d’avril, la zone de croissance du dôme a migré vers la partie SE du complexe de dôme. D’avril à mai, une série de secousses hybrides en essaim, suivie par un nombre croissant de séismes LP, a culminé en avalanches rocheuses et de coulées pyroclastiques sur l’ensemble des flancs est du dôme. En juin, le lobe extrusif au SE du dôme continue à se développer avec une vaste aiguille rocheuse verticale trônant au SE du dôme. Dans la nuit du 14 juin, l’activité d’avalanches rocheuses augmente rapidement et reste à un niveau assez élevé durant plusieurs jours. Durant cette période, quelques petites coulées pyroclastiques ont été observées dans la partie haute du Goulet de Tuitt. Le 3 juillet 2002, des fortes pluies provoquent des coulées de boue qui atteignent le centre de Plymouth. Le 15 juillet, les observations montrent que la croissance du lobe SE du dôme est terminée. Le 21 juillet, on observe que la croissance du dôme a repris dans le secteur NE de la région sommitale avec l’extrusion d’un nouveau lobe lavique. Le 23 juillet, un effondrement mineur, qui a duré environ une heure, a produit des coulées pyroclastiques en continu dans les parties supérieures des Goulets de Tuitt et de White, leur front atteignant à peu près une distance médiane entre le dôme et la côte. Le même phénomène a lieu le 26 juillet et dure 20 minutes à la suite duquel un nouveau lobe lavique, en forme de dos de baleine, se met en place vers le nord, donnant lieu à des avalanches rocheuses et des coulées pyroclastiques dans les mêmes vallées. Durant août 2002, l’activité de croissance du dôme se poursuit sur le bord septentrional du complexe de dôme. Les avalanches de débris et les coulées pyroclastiques dominent vers le nord, dans la partie supérieure du Goulet de Tuitt. Mi septembre, l’activité sismique monte en flèche avec 67 secousses hybrides en essaim au cours du 19 septembre, trahissant une augmentation de l’activité au complexe de dôme associée à un déplacement de la zone de croissance du dôme vers le NE. Le 24 septembre, une aiguille rocheuse quasi verticale s’est mise en place dans la zone centrale. Le 26 septembre, un petit essaim de 24 séismes hybrides signale une nouvelle large extrusion croissant vers l’ouest  dans la région connue précédemment comme Gages Wall. Des avalanches de débris et de petites coulées pyroclastiques parcourent près de 1 km dans la vallée Gages. Le 27 septembre 2002, la zone de croissance du dôme change à nouveau et migre vers le NO en déclenchant des petites coulées pyroclastiques sur les flancs septentrionaux (à nouveau dans les vallées de Tuitt et de White). Le 29 septembre 2002, un effondrement mineur a lieu et soustrait 2-3 millions de m3 de matériaux, sous forme de coulées pyroclastiques dans les vallées Tuitt et White, de la bordure nord du lobe actif du secteur NO. Une des coulées pyroclastique rejoint la mer au lieu-dit « Spannish Point » à l’embouchure de la vallée White. Le 2 octobre, un autre effondrement mineur, évacuant  4 millions de m3 du bord est du complexe de dôme, se produit. Les fortes pluies du moment l’ont probablement déclenché et ont généré une coulée de boue modérée dans la vallée Belham suivie par une phase de coulées pyroclastiques, qui a duré 6 heures, dont quelques unes atteignent la mer via le delta de la rivière Tar. Durant octobre 2002, l’extrusion de lave se poursuit sur le lobe NO du dôme donnant lieu à des avalanches rocheuses et des petites coulées pyroclastiques dans les vallées de Tuitt, de Tyre et de Gage. Le 22 octobre 2002, une coulée de boue dans la vallée Belham produit des vagues hautes de 2.5 m et une activité de coulées pyroclastiques a lieu pendant plusieurs heures. Du 10 novembre au 2 décembre, la croissance du dôme est concentrée au NE du dôme et la plupart des coulées pyroclastiques empruntent les vallées de Tuitt, White et Tar.

021128%20pyroclastic

Petite coulée pyroclastique du 28 novembre 2002. Photo © M.V.O.

Le 8 décembre 2002, un effondrement du dôme produit de puissantes coulées pyroclastiques qui atteignent la mer au lieu-dit « Spanish Point ». Le volume soustrait durant cet effondrement a été estimé à 4-5 millions de m3. Des nuages de cendre ont dérivé à 3000 m. d’altitude vers l’ONO et 4 mm. de cendre sont retombés sur Plymouth et Richmond Hill. Jusqu’ à la fin de décembre 2002, le dôme continue de croître en colmatant la cicatrice laissée par ce dernier effondrement. La plupart des coulées pyroclastiques empruntent les vallées de Tuitt, White et de la rivière Tar.

pyroclastic%20flow3
Animation d'une coulée pyroclastique; 18/12/2002. Séquence de photos © M.V.O.

Pour terminer l'année 2002 en beauté, le volcan exhibe une vaste aiguille rocheuse durant les 26 et 27 décembre.

 

L’année 2003 commence par la prduction d'une coulée pyroclastique qui se répand dans le Goulet de Tyre. Jusqu’en avril, le dôme continue de croître au NE et produit des coulées pyroclastiques principalement dans les vallées de White et de la rivière Tar.

030107

Vue aérienne de Plymouth de la Pointe Bransby

030221

Le delta de la rivière Tar, édifié par les multiples coulées pyroclastiques et lahars qui ont dévalé les flancs est de la montagne (23/02/2003). Photo © M.V.O.

030120

Coulée pyroclastique du 20 janvier 2003. Photo © M.V.O.

Au début de mai, le dôme grossit au SE pour libérer des coulées pyroclastiques uniquement dans la vallée de la rivière Tar. Le 3 mai, la croissance du dôme migre à nouveau vers le NE pour produire un lobe bien développé. A partir de la fin du 3 mai, le dôme croît principalement dans sa partie centrale. A partir du 3 juin, un nouveau lobe de croissance apparaît à l’est enjambant la vallée de la rivière Tar. Après deux semaines d’une intense activité de coulées pyroclastiques, principalement dirigées vers l’est, ce lobe stagne. Jusqu’à la fin juin, la croissance du dôme stoppe ou est très lente. Du 1er au 9 juillet 2003 on détecte un nombre inhabituel de  secousses hybrides et, à partir du 9 juillet, un essaim important de séismes hybrides apparaît. Il est actif jusqu’au 12 juillet 2003, date à laquelle il évolue en tremor continu.

Les 12 et 13 juillet, un très important effondrement de dôme a lieu et est associé à une activité explosive. Cet évènement est le plus important en terme de volume depuis le début de l’éruption en juillet 1995. Il a soustrait 210 millions de m3 de matériaux au dôme. D’importantes explosions verticales, accompagnent l’effondrement, libèrent des nuages de cendres dans les airs jusqu’à une hauteur de 15 km. Il y a aussi des explosions phréatiques et d’importantes coulées pyroclastiques qui atteignent la mer à l’embouchure de la rivière Tar. De fortes chutes de cendre frappent toute l’île mais particulièrement au NO. L’activité décroît jusqu'à son niveau de fond dès 4h00 du matin le 13 juillet.

20030712%20PF%20Tar_sm

Une coulée pyroclastique atteint la mer à l'embouchure deltaïque de la rivière Tar. Photo © M.V.O.

20030810%20Large%20Block_sm

La dimension de ce bloc donne une idée sur la puissance et la violence de l'éruption pyroclastique du 12-12 juillet 2003. Ce bloc, issu du dôme sommital qui s'est effondré en quelques heures seulement, a été transporté sur plusieurs km par une coulée pyroclastique. Photo © M.V.O.

Jusqu’au 15 juillet, de petites explosions vulcaniennes ont lieu. Les nuages de cendres atteignent 12 km de haut et des fragments lithiques issus de l’éruption retombent sur toute l’île. Jusqu’à la fin juillet, le dôme croît de nouveau puis le 1er août, de 6h à 17h, un épisode d’éjection violente de cendres, à partir de bouches éruptives, se produit. La hauteur de la colonne de cendres n’excède pas 6 km. Du 3 août au 3 septembre, le dôme devient immobile et l’activité éruptive cesse. Ensuite, l’activité reste très faible jusqu’au 30 septembre où un épisode d’émission de cendres a lieu pendant 20 heures. Du 1er octobre au 18 décembre 2003, le volcan est calme avec seulement quelques séismes par semaine. Aucune croissance du dôme n’est observée dans le cratère. Le 18 décembre, une augmentation significative d’émission de SO2 est mesurée passant de 500 tonnes/jour à 3600 tonnes/jour.

mvomenu_r02_c1

A suivre ...

 

lave_be_sm